Un peu d’histoire

(actualisé le )

Les documents et le texte retraçant l’histoire de notre école sont issus de l’exposition Bâtir la banlieue, construire Malakoff, Apprentissages et maîtrises, sous la direction de Catherine Bruant.
Exposition présentée à la bibliothèque Pablo Néruda de Malakoff, à l’école nationale supérieure d’architecture de Versailles puis à la Maison de l’architecture d’Île-de-France, d’octobre 2005 à juin 2006. (Tous droits réservés, textes et images).

Les débuts de l’accueil des plus petits
La première institution publique d’accueil de la petite enfance à Malakoff est une salle d’asile communale qui est établie, en 1880, dans un préau de l’école communale du centre.
Par la suite, trois classes sont créées à l’arrière de ce groupe scolaire (aujourd’hui démoli) qui était situé à l’emplacement des actuels mairie et théâtre, avec une entrée sur la rue Leplanquais (aujourd’hui Eugène Varline). Les agrandissements successifs, la promiscuité avec les écoles primaires et la caserne de pompiers, tout concourt à saturer les surfaces disponibles, limitant dangereusement l’aération et l’éclairement des salles.

Du besoin au projet
De 1907 à 1929, la maternelle ne dispose que de 4 classes et d’un petit préau, sans autre équipement qu’un minuscule cuisine collective et une batterie de cabinets et d’urinoires dans la cour.
En 1929, la directrice transmet au maire de Malakoff sa peine de vir "ces petits" entassées dans la triste maison.
Cette situation matérielle difficile, qui émeut édiles et pédagogues, n’est en rien exceptionnelle. Dans l’entre-deux-guerres le manque d’équipements scolaires de la banlieue parisienne est particulièrement alarmant, et ce malgré l’augmentation, en 1926, des aides de l’Etat aux communes du département de la Seine

. Le plan de l'école

La lenteur des formalités administratives dans l’approbation des projets, la pénurie des subventions publiques et les barêmes officiels qui laissent environ un quart des dépenses à la charge des communes rendent difficiles les réalisations municipales. Il est encore courant de voir s’écouler un délai minimum de cinq ans entre le moment où un projet de construction scolaire est approuvé par un conseil municipal et celui du démarrage du chantier.

La nouvelle école maternelle vue depuis le campanile de l’ancien groupe Jean Jaurès

La construction de la nouvelle école maternelle Jean-Jaurès de Malakoff est en cela exceptionnelle : le projet est approuvé le 6 octobre 1929 par le conseil municipal et l’école est mise en service à la rentrée d’octobre 1931, soit un délai record de réalisation. Cet exploit est accompli grâce au choix de la municipalité de faire l’avance de la subvention de l’État pour les travaux, sous la forme d’un emprunt contracté en 1930 auprès de la Caisse des dépôts et consignations, et remboursé, par anticipation, l’année suivante.
Mais l’École maternelle Jean-Jaurès relève aussi d’une véritable aventure architecturale, éducative et administrative novatrice qui devra son succès à la collaboration persévérante d’un maire, Léon Piginnier, d’un architecte communal, Armand Guérard, de la jeune directrice de l’école, Melle Marthe Fonteneau, et de l’inspectrice de l’enseignement primaire de la préfecture de la Seine, Melle Renée Mouflard.

L’école maternelle Jean-Jaurès est construite sur un terrain irrégulier formé de deux parcelles contiguës, l’une communale, à l’angle de la rue Béranger et de l’avenue du Président-Wilson, l’autre, cédée par son propriétaire, rue Louis-Blanc. Les principes de l’hygiène et la recherche du confort président à l’étude des plans. L’institutrice, l’architecte et le maire visitent d’abord les écoles les plus modernes de la région, notamment les installations hygiéniques du groupe scolaire de Vanves réalisé par les architectes Marme.
Les directives du ministère de l’Instruction publique prescrivent alors d’établir les écoles maternelles uniquement en rez-de-chaussée. Pourtant, l’architecte propose un dispositif sur deux niveaux qui permet, malgré l’exiguïté du terrain, d’offrir une double orientation pour une meilleure bonne aération des constructions. Outre le bâtiment d’habitation, côté place - logements du gardien et de la directrice avec une cour de service -, l’école se compose de 6 classes, avec une cour-jardin de récréation, d’une salle des petits et d’un préau, le long de l’avenue du Président-Wilson.

L’entrée de l’école

 

L’entrée de l’école est située en pan coupé à l’angle des voies. Les classes sont toutes exposées au sud, protégées du soleil par de grands stores de tissu. Située au deuxième étage, la section réservée aux « petits » est complètement autonome.

La classe des petits (actuellement RASED)

 

Elle s’ouvre sur une grande terrasse-jardin en balcon sur la place. Véritable cour suspendue, celle-ci communique avec une salle de jeux attenante à une salle de repos, un vestiaire et des sanitaires.

La sieste des petits au grand air sur la terrasse

Au travers de grandes huisseries métalliques, la transparence du vitrage permet la surveillance des enfants dans toutes les directions : vers la terrasse, la salle de repos, jusqu’aux toilettes.

Le préau

Au rez-de-chaussée, le préau montre le soin apporté dans le choix des matériaux qui ont été sélectionnés pour leur caractère durable, esthétique et hygiénique. La tonalité chaude des peintures vieux rouge contraste avec de hautes plinthes de latik beige – un enduit dur, lisse et lessivable -, cloisonné de minces lignes de mosaïques rouge et or. Le sol est recouvert d’un épais linoléum.

La salle de propreté, habillée de « granito », dispose, pour la douche quotidienne des enfants, de 3 bacs récepteurs en ciment revêtus d’émaux verts. L’eau courante, chaude et froide, y est filtrée avant d’être distribuée dans l’ensemble du bâtiment. Dans toutes les pièces, des plinthes à gorge facilitent le nettoyage à grande eau savonneuse.

La cour-jardin

 

Enfin, la cour-jardin est agrémentée de plantations nombreuses et variées : sous une pergola de béton où grimpent des rosiers, un bassin avec vasque recouverte d’une mosaïque verte et or est occupé par des cyprins qui y vivent leur existence muette.
Exceptionnelle pour l’époque, l’école est également dotée des services sanitaires et de confort les plus modernes : cuisine, réfectoire, salle de douches, WC et lavabos à tous les étages. Un bureau médical permet la surveillance sanitaire des enfants. Dans la cour de service : une buanderie et un local débarras.

Les locaux ont été pensés en songeant aux enfants, à leurs occupations et aux méthodes d’éducation qui seront employées. La jeune directrice, Mlle Fonteneau, déjà connue et estimée dans les milieux de l’éducation active, a apporté au projet sa couleur, son à-propos, sa vie.
Pour elle, l’enfant n’est pas un adulte en miniature et il n’existe pas d’enfant « standard » : tout dans l’école doit être adapté à l’âge, aux activités d’éveil, à l’initiation sensorielle de chaque enfant. Le mobilier est lui-même agencé à la taille des enfants de chaque section et à des fins utiles : en bois ciré, résistant, léger pour être transportable mais cependant stable. Il est lavable, facile à désinfecter, donc sans moulures, sans saillies et angles dangereux, et plaisant à l’œil. Il a été dessiné par la directrice ; les prototypes sont exécutés par le menuisier municipal avant d’être édités, en série, par Goffinet.

La disposition réfléchie, logique et pratique des espaces de vie de l’établissement fait immédiatement sa fortune. Architectes, maires, médecins et institutrices de la région parisienne visitent les lieux. Les revues éducatives ou médicales publient de nombreux reportages sur cette école « modèle ».

L’Hygiène par l’exemple, une association d’aide au développement de l’hygiène scolaire, apporte son concours à l’expérience en offrant, à l’école Jean-Jaurès, des bacs-douche en simili-marbre.
En 1931, un Congrès de l’enfance est réuni à Paris, à l’occasion du cinquantenaire de l’école laïque. Cette manifestation est une véritable « conférence pédagogique internationale » qui a pour but de rapprocher ceux qui s’intéressent aux questions relatives à l’éducation de l’enfant de deux à sept ans.

Tous les talents au service de l’éducation nouvelle - le docteur Decroly, Adolphe Ferrière, Mme Montessori, Piaget ... –, éducateurs et médecins y confrontent leur expérience, font connaître leurs méthodes et travaux les plus récents. Consécration d’une œuvre collective, le Congrès, avec l’architecte Henri Sauvage au jury, attribue le premier prix de l’exposition de plans d’écoles, à la maternelle Jean-Jaurès qui sera de nouveau célébrée à l’occasion de l’Exposition universelle de 1937.

Au sein de son établissement, Mlle Fonteneau développera les procédés de globalisation appliqués non seulement au préapprentissage de la lecture mais aussi aux autres activités : initiations sensorielles par la nature et le jardinage, la musique et la danse rythmique, les travaux manuels, le dessin.

De même, le jeu est à l’honneur. Leitmotiv dans les doctrines pédagogiques modernes, le jeu éducatif doit permettre le travail individuel par la manipulation de volumes et surfaces géométriques en bois colorés. Le matériel est fabriqué par l’institutrice elle-même avec la collaboration des enfants pour s’adapter au milieu social dans lequel il est employé. Avant la Deuxième Guerre mondiale, les jeux expérimentés à la Maternelle Jean-Jaurès seront édités en série chez Goffinet et par les éditions Bourrelier.

Un ouvrage de Mlle Fonteneau

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Notes

[1Extrait de Bâtir la banlieue, construire Malakoff. Apprentissages et maîtrise, sous la direction de Catherine Bruant. Exposition présentée à la bibliothèque Pablo Neruda de Malakoff, à l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles, puis à la Maison de l’architecture d’Ile-de-France, d’octobre 2005 à juin 2006.